0001 (4)Justine Emard

apparent worlds / mondes apparents

Révéler des invisibles, 2018 Recherche pour pan/aura/ma

Série de six photographies et une vidéo

Les dessins invisibles de la ville, tels les graffitis de la cathédrale de Bayeux,

sont la source d’inspiration de pan/aura/ma.

Justine Emard a conçu un parcours où ces signes graphiques cachés sont le scénario d’une plongée dans des univers parallèles augmentés. Une épave de bateau oubliée, un décor de cinéma surréaliste, des voiles évaporées dans l’espace, la déambulation labyrinthique créée par les élèves de l’École municipale des Beaux-arts matérialisent ces légendes méconnues, invisibles aujourd’hui mais pourtant matérialisées des centaines d’années auparavant “C’est que l’image n’est pas qu’un
fait sémiotique de renvoi, elle est aussi une puissance phénoménologique d’apparition – et donc de disparition : voir une image, ce n’est pas seulement croire ce qu’elle montre, c’est parfois, tout simplement, croire voir quelque chose, le temps d’un clignement des yeux.” *

En résidence à Bayeux, Justine Emard s’est intéressée à l’Histoire de la ville mais surtout aux histoires parallèles, cachées, moins connues. Elle a créé avec une perspective d’apparition et de disparition des images dans le paysage urbain. De la création et mise en scène de la Tapisserie de Bayeux, patrimoine mondiale de l’humanité, en passant par le “cinéma normandie” de quartier aujourd’hui abandonné jusqu’aux dessins de la cathédrale de Victor Hugo et de William Turner, on trouve un pas-

sé iconographique inspirant. Mais les représentations qui ont le plus attirés l’attention de Justine Emard sont celles qui sont cachées, invisibles comme les graffitis de la cathédrale, le dessin du château disparu de Bayeux et le labyrinthe sur le sol de la salle du chapitre de la cathédrale.

Dans les trois tours de la cathédrale de Bayeux, de nombreux graffitis ont été gravés dans la pierre, témoins d’un temps plus ancien. On ne sait pas beaucoup de choses sur leurs origines et leurs datations mais ils présentent des intérêts historiques et sociologiques d’une époque. Anonymes et spontanés, ils sont des témoins de la présence et le geste d’une personne, qui a décidé de laisser une trace iconographique. Les plus anciens graffitis sont des dessins datant de l’époque médiévale.

Parmi les représentations, des scènes étranges et fantastiques apparaissent, peu sont religieux. Des dragons jusqu’aux navires étranges en passant par des scènes violentes et crues de pendaisons. Ils sont souvent placés près des fenêtres, le graveur représentait sûrement ce qu’il voyait. Révélés par une position particulière de la lumière lorsqu’on veut les approcher, ces représentations font partie d’une mémoire physique des murs. Pour les regarder, il faut les chercher muni d’une lampe torche, dans une approche quasi archéologique.

Les « pan/aura/mas » sont l’incarnation de plusieurs dessins de graffitis repérés par l’artiste et traduits en environnements numériques immersifs afin de leur donner une nouvelle aura numérique. La réalité augmentée agit tel un révélateur. Pan/aura/ma est une tentative de transposer dans la réalité physique de la ville ces imaginaires, traces de présences passées et de les rendre sensibles pour le spectateur.

 

Exovisions, 2017

Mes installations explorent différentes situations où les humains coexistent avec la technologie. Cela implique de créer des dispositifs instaurant une relation entre le public et l’œuvre, à travers leurs échanges. Utiliser la réalité augmentée dans ma pratique est le moyen d’étendre nos territoires vers des systèmes virtuels qui produisent une nouvelle réalité. J’ai imaginé cette installation spécialement pour le lieu. Exovision est à la lisière entre le réel et
un objet virtuel. Le dispositif dans la salle de classe est minimal : Il crée une relation inattendue entre la pierre, objet naturel et une technologie numérique. Exo signifie “extérieur”, l’Exovision est un écran nous invitant à voir des évènements au-delà de la réalité des choses. Le public est invité à télécharger l’application Exovision sur leur appareil. Il devient ainsi une interface permettant de percevoir une strate numérique jusqu’alors invisible. A travers la camera le visiteur découvre des « Exopaysages » projetés dans la réalité.

Les pierres taillées incarnent une mémoire composée des différentes couches du temps. Lorsque nous voyons
à l’intérieur de ces pierres à travers notre appareil, nous faisons l’expérience de l’Exovision. Cet assemblage est composé de trois types de mémoires : la mémoire de l’objet, la mémoire de l’homme et la mémoire des données. Pour Exovision j’ai collaboré avec un compositeur Japonais, Hara Mirihiko. Nous avons imaginé ensemble, pouvoir utiliser les pierres comme des partitions musicales et visuelles. J’ai été inspiré par mes précédentes expériences
au Japon et la pratique de peinture sur l’eau Suminagashi. Travailler avec des motifs aléatoires et imprévisibles
est aussi un processus de mon travail en particulier pour mes collaborations dans le domaine de la recherche robotique. J’ai également expérimenté le Ganban yoku où ou le bain de roche au Japon. Cette expérience puissante s’est apparentée à l’hypnose. Je voulais recréer ce lien entre la nature tangible comme support à l’imagination.

Screencatcher, 2011-2015

Cette installation évoque la disparition des Drive-in-Theaters, cinémas en plein air américains. Associant dessins et réalité augmentée, le spectateur est placé au centre d’une interaction entre art et technologie. La notion de réalité augmentée (mixed reality en anglais) désigne les systèmes qui permettent la superposition d’un modèle virtuel
3D ou 2D à la perception que nous avons naturellement de la réalité et qui permet d’obtenir ainsi une interaction. Tout cela est rendu possible par des calculs réalisés par un ordinateur en temps réel. Ce système peut aussi bien s’appliquer à la perception visuelle (superposition d’image virtuelle aux images réelles) qu’aux perceptions pro- prioceptives comme les perceptions tactiles ou auditives. Le concept de réalité augmentée vise donc à compléter notre perception du monde réel, en y ajoutant des éléments fictifs, non perceptibles naturellement.

L’installation se compose de 8 dessins de 100x60cm en noir et blanc. L’utilisateur est invité à télécharger et utiliser l’application de l’exposition Screencatcher grâce à laquelle il pourra voir les dessins augmentés. Des éléments se superposent à la réalité en temps réel, images vidéos et son apparaissent sur les dessins. L’installation évoque la disparition des “Drive in Theaters”, cinéma en plein air américains. Ce dispositif expérimental constate l’éclatement des écrans : de celui du drive in, unique, nous sommes passés dans une dimension où chacun possède son propre écran. Les vidéos qui apparaissent à travers les écrans interviennent comme des projections fantômes à l’intérieur des dessins. Comme une réminiscence d’une image passée. Cette installation est une réflexion sur les outils d’aujourd’hui et demain, l’avancée de la technologie et la dimension virtuelle où la simulation de la réalité gagne du terrain sur notre vie réelle.

Dossier de présentation du projet AURA

Site de l’artiste : http://justineemard.com/