Exposition présentée du 12 mars au 17 avril 2016

visuel carton invitation JA cochon rougeJeanne André est née en 1989 à Asnières-sur-Seine, elle vit et travaille à Marseille. Elle découve la peinture à l’âge de 16 ans au sein d’un atelier. Par la suite, elle étudie le design graphique à l’ESAM de Caen pendant 3 ans puis devient dessinatrice textile. Parallèlement elle reprend la peinture qu’elle avait un temps abandonnée durant son cursus pour finalement s’y consacrer complètement aujourd’hui.

Partout, on annonce le grand retour de la peinture avec de multiples expositions, galeries, foires mettant à l’honneur ce médium qui a été progressivement délaissé, victime de sa longue tradition. Abandonnée par les artistes au profit de la photographie, des installations ou encore des nouveaux médias, la peinture nous démontre aujourd’hui qu’elle peut, à bien des égards, encore nous surprendre. Et de surprises, il est justement question avec l’exposition APPARITION SAUVAGE de Jeanne André.

Cette jeune artiste effectue son travail en deux temps. La première phase consiste à choisir un lieu, un environnement qui enclenchera le processus de création. Ce sont surtout l’atmosphère du paysage, sa lumière particulière, l’étendue de la mer ou le jeu des arbres sur un plan d’eau qui attirent la peintre. Lorsque cet endroit est déterminé, elle fait intervenir un modèle et fixe la composition par l’instrument photographique. De cette image, Jeanne André ne fait aucune retouche, tel un croquis , c’est une base de travail. Ainsi peut commencer la deuxième phase, qui consiste à reproduire la photographie au plus proche de ce qu’elle représente.

S’ouvre alors pour le spectateur un espace mental qui conjugue à la fois des strates de temporalité multiples : le temps de la photographie ainsi que celui de la peinture, mais également des symboles lointains et familiers matérialisés entre autres par la présence de l’animal. Ces strates maintiennent le trouble sur ce qui est réellement perçu. Filtrées par la photographie numérique, les peintures semblent lissées, domestiquées par le traitement pictural des surfaces, laissant ainsi planer leur mystère et leur puissance d’attraction.

Ici, c’est la matérialisation d’un songe qui est donnée à voir. La peinture devient le résultat d’une série de glacis qui visent à abstraire ce songe. C’est un zoom et dé-zoom progressif qui finit par dénaturer la scène : la photographie aplatit la réalité, la peinture intervient afin de lui redonner une  consistance. Ce dispositif instaure de la distance, le spectateur est dans l’expectative de ce qui va arriver par la suite. Plus qu’une autre, la série Dans la salle de bains, traduit cette attente. Tout à fait irréalistes dans leur simplicité, les corps sont ici donnés à voir de manière non érotisée. Statiques voir mutiques, ils renvoient à une abstraction d’images trop parfaites. Illusion d’une réalité crue où l’ espace clos de la douche perturbe tout comme la faïence lisse et froide. Ici, même le miroir nous piège dans un huit clos trouble.

Ce passage de la photographie à la peinture nous plonge dans un autre espace-temps. Étirée, diluée, vernie, la toile devient le lieu où Jeanne André cristallise la reproduction du réel tout en interrogeant son support et la peinture même. Ses toiles sont le fruit de visions qui lui permettent une  meilleure compréhension du monde qui l’entoure.

Dossier de presse