Expositio1er An présentée du 11 mars au 23 avril 2017

Vernissage le 11 mars 2017 à 14h30

Dans un flot ininterrompu, une image en chasse une autre, et chaque jour, nous sommes ainsi nourris en nouvelles du monde. Impassible, l’homme du vingt et unième siècle balaye du regard cette information et la digère en un temps record. C’est dans ce contexte que l’oeuvre d’Alexandrine Deshayes n’a de cesse d’interroger notre culture visuelle. Tel un présage, elle pose la question : peut-on aujourd’hui encore affirmer que certaines images marquent nos esprits de manière universelle ?

C’est par le prisme de la peinture que l’artiste a choisi d’embrasser l’actualité, d’en dévorer les pans les plus sombres et de l’emprisonner. Elle prête à ce médium la vocation d’entretenir la mémoire, de la travailler au corps. Familière des toiles de maîtres, elle émaille ses œuvres des codes qui constituent la peinture d’histoire. Mais en artiste de son temps, elle extrait certains agencements, les rejoue, les assemble et les superpose en un ensemble à mi-chemin entre passé et présent.

Sans affect et sans bruit, elle coupe le son du quotidien pour mieux sentir, voir et revoir. Ses peintures déforment et reforment ce que nos yeux et nos oreilles ne peuvent plus assimiler, ce que nous ne prenons plus le temps de décoder.

Cette rencontre entre une présence et un surgissement naît au sein d’une gamme de bleus nacrés, de gris humides, de noirs profonds et de roses poudrés. Le décor, fait de brume opaque, dilue aussi bien le temps que l’espace. Dans ce cadre, les personnages d’Alexandrine Deshayes semblent flotter telles des marionnettes de chiffons. Mais c’est bien un drame silencieux qui se joue sous nos yeux. Le confirme L’Enlèvement des Nigériannes qui s’inspire du célèbre épisode de l’enlèvement des Sabines. Celui-ci, de nombreuses fois interprété dans l’Histoire de l’art, permet à l’artiste de dépeindre avec intensité l’effroi des lycéennes de Chibok face à la violence des hommes de Boko Haram.

Dans sa série Les Exilés, Alexandrine Deshayes dévoile des silhouettes anonymes en marge de notre monde. Elle y représente des hommes de dos, fragilisés par le poids de leurs sacs, seul témoignage d’une vie d’avant. Chez l’artiste, tout est une manifestation de lutte contre l’oubli : pour preuve, sa galerie de portraits intitulés 12 études de têtes qui intensifie notre approche du réel. Mais la notion de disparition a finalement toujours été étroitement liée à la peinture, à l’image des portraits du Fayoum qui accompagnaient les défunts dans l’au-delà. A travers la peinture, Alexandrine Deshayes transfère sur ses toiles les tragédies, convoque notre mémoire et transforme cette disparition en un instant témoin de vérité.

 

Dossier de presse