« Mon travail plastique est le reflet d’une recherche spirituelle et picturale. Par le travail de la matière, j’appréhende mes conditions d’existence en tant qu’homme. Graver, creuser la plaque de métal, de linoléum ou de bois, sentir la résistance du matériau dans ma main et mon corps, laisser l’image se penser à l’envers ; dessiner sur la papier, sentir glisser la ligne sur la surface, laisser libre cours à la main, se faire guider par son corps, se faire confiance, accepter de ne pas maîtriser, lâcher prise dans l’action pour ne pas penser avec la raison mais avec le corps, laisser se former les images. Dans le lâché-prise, j’apprends à me faire confiance et à avoir foi dans ce qui peut advenir. Créer, c’est confronter ses représentations au monde. Chercher à apprivoiser la matière, la ligne, le trait, c’est accepter l’accident, l’imprévu, le doute. Le travail plastique est comme un dialogue entre soi et la matière. Quand je travaille la matière, je vis pleinement dans mon corps cette ambivalence de l’existence, c’est à dire que je ressens ma propre faiblesse, mon dénuement total face à la force de la matière, sa détermination inébranlable à n’être que ce qu’elle est, et en même temps, je sens une légèreté soudaine du geste dans la matière indifférente. »

Fabien Tabur.