Le Radar-visuel a croquer HDVisible du 17 juin au 17 septembre 2017

Exposition collective

Agapanthe (duo d’artistes Mulliez et Konné), Pilar Albarracín, Nicolas Boulard, Gilles Barbier, Mark Dion, Valérie Delarue, Véronique Ellena ,Charles Fréger, David Gouny, Natacha Lesueur, Léa Le Bricomte, Vincent Olinet ,Paul Rebeyrolle , Eduardo Srur, Stéphane Vigny

 

À l’heure de la cuisine d’auteurs, des chefs érigés en créateurs et autres pratiques culinaires à croquer, évoque les liens ténus qui se tissent entre l’art actuel et le contenu de nos assiettes. Que ce soit dans les livres de recettes, sur les plateaux de télévision, à la radio ou dans la presse, la cuisine semble soigner toujours davantage sa photogénie et ainsi être au coeur de nos vies. En atteste d’ailleurs l’apparition d’un vocabulaire inédit : cuisine bio, locavore, foodporn, slow food etc., qui alimente notre quotidien. C’est donc tout naturellement que le Radar concocte pour son dixième événement estival une exposition qui enchante aussi bien nos sens que nos papilles. La matière comestible y est envisagée tantôt comme un correcteur de la réalité, un souvenir de jeunesse, mais aussi un marqueur identitaire ou une image de vanité.
En poussant la porte de l’exposition, les visiteurs découvrent un parfum d’enfance qui flotte dans l’air. Ici, la vidéo She Wolf de Pilar Albarracín met en scène un célèbre conte pour enfant. Là, ce sont les gâteaux de Vincent Olinet qui rappellent les fêtes d’anniversaire. Quant aux deux vanités du duo d’artistes Agapanthe, elles ressemblent étrangement aux restes d’un déjeuner de fast food pour l’une et la fin d’un goûter sucré pour l’autre. Si ces sucreries sont appétissantes, à y regarder de plus près, le glaçage dégouline, l’eau est trouble et les couleurs sont suspectes. Il en va de même pour l’oeuvre de David Gouny qui engonce la bouteille de Ketchup® dans un vêtement trop petit. Et, si tout le monde a un jour rêvé de mettre la pagaille dans les rayons du supermarché, la vidéo d’Eduardo Srur exaucera ce rêve en explorant à contrario, le statut passif et aveugle du consommateur face aux rouages de la grande distribution.
« Dites-moi ce que vous mangez et je vous dirai qui vous êtes ». Charles Fréger, dans une certaine mesure l’oeuvre de Natacha Lesueur, ainsi que Gilles Barbier ont en commun de proposer des œuvres qui font la part belle à cet adage. Si selon Lévi-Strauss, la cuisine traduit inconsciemment la structure d’une société, l’univers
gastronomique doit alors être examiné en tant que témoin des traditions et des identités. Détournés, les aliments se découvrent autrement et deviennent méconnaissables. Les artistes Nicolas Boulard, Stéphane Vigny et Léa Le Bricomte sont des virtuoses du renversement de situation et ont à cœur de déplacer le sens commun des choses, pour une nouvelle lecture du monde qui nous entoure. À partir de la manipulation des ustensiles de cuisine et de la matière alimentaire, les artistes produisent ici des œuvres hybrides qui n’ont pas fini de nous étonner.
La nourriture dans tout ce qu’elle contient d’éphémère et de périssable est l’une des métaphores du temps qui glisse, de la beauté qui fane. Véronique Ellena, Valérie Delarue et Paul Rebeyrolle jouent, chacun à leur manière de cette image qui colle à la peau de nos denrées. Les vanités autant que la nourriture cristallisent les saisons qui passent. Et s’il n’y a qu’un pas entre la nature morte et ces allégories de l’impermanence, il suffit de le sauter pour se retrouver dans un cabinet de curiosités. Mark Dion est justement connu pour ses installations inspirées des célèbres Wunderkammern. Ici, les aliments sont esquissés sur une grande table où s’expose une quantité gargantuesque de desserts. Le dessin préfigure une installation qui ne sera finalement jamais réalisée.
à croquer est ainsi pensée comme une exposition étonnante et détonante dans laquelle les œuvres sont appétissantes ! Sélectionnés pour la grande qualité de leur travail, les seize artistes de l’exposition ont abordé la nourriture tantôt avec un regard critique, une certaine délicatesse ou un imaginaire onirique, articulant et
développant les problématiques qui traversent nos aliments et leur représentation. Face à ce témoignage d’un nouveau regard porté sur le contenu de notre cuisine, le spectateur ne peut rester indifférent. Celui-ci est tour à tour amusé, nostalgique, dégoûté, séduit, dérangé, intrigué par ce festin original qui ne manque pas de nous en mettre, et plein les yeux, et l’eau à la bouche.
Justine Richard

Dossier de Presse